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Chez le Team Paprec, de l’IMOCA au TP52 il n’y a qu’un pas. Ou presque : 8 pieds pour être exact ou 2,44 mètres. Et 12 équipiers en plus, pour des régates au contact de haute intensité, à bord de monocoques aussi puissants qu’exigeants. La semaine passée à Lanzarote, Yoann Richomme a découvert de l’intérieur le 3e Grand Prix des 52 Super Series à bord du bateau Paprec, aux côtés d’un équipage chevronné, où réactivité et sang-froid sont les maîtres-mots de la performance.  Après 5 jours de confrontation et 7 manches courues lors de la Marina Rubicon Lanzarote 52 SUPER SERIES Sailing Week, la Paprec Sailing Team a remporté son premier évènement et pointe actuellement au 4e rang du championnat 2026. Une «  première expérience hyper enrichissante » pour le skipper habitué au solitaire, qui retrouvera le circuit à l’occasion de la Puerto Calero Lanzarote 52 SUPER SERIES Royal Cup, dès le 24 août prochain.

Il n’est pas forcément aisé de trouver sa place au sein d’un équipage de 13 personnes lorsqu’on est habitué à gérer une bête de 18 mètres, seul à la barre. Mais cet été, Yoann Richomme s’est lancé le défi de renouer avec d’autres manières de naviguer, en rejoignant l’équipage de la Paprec Sailing Team en TP52. Un rôle habituellement assuré par Jean-Charles Monnet, Directeur technique de l’équipe lorientaise, accaparé par les nouvelles étapes de construction du futur IMOCA. « Je suis arrivé dans une équipe qui est rodée, organisée, qui connaît le circuit depuis 10 voire 15 ans, a rappelé Yoann. L'intégration a été facile parce qu'ils performaient super bien, je suis presque une pièce rapportée, autonome dans le truc. » Affecté au poste de navigateur, le skipper a rapidement trouvé ses marques, en binôme avec un certain Loïck Peyron, tacticien du bord. 

Mission grandes lignes et dézoom 

« J’entretiens surtout une discussion avec Loïck sur la tactique et la stratégie sur le plan d'eau. D'habitude, il fait un peu le double job, là, on fait un peu une séparation des rôles. C'est-à-dire qu'il fait les choix tactiques de positionnement par rapport aux autres, les petits placements, le choix final d'approche des bouées, et moi la situation du bateau sur le plan d'eau, le suivi du vent. 

Ce qui est intéressant dans le fait d'être à deux, c'est d'arriver à un niveau d'utilité, d'intégration du navigateur dans l'équipage qui améliore encore le fonctionnement, qui permet d'être plus précis dans les choix et dans les décisions. Le barreur et le tacticien peuvent rapidement avoir le nez dans le guidon et oublier l'image un peu plus dézoomée de la régate. Je sers surtout à rappeler les grandes lignes, je re-guide certains choix stratégiques et certaines prises de risques. 

Chez certaines équipes, ils sont même trois sur ces enjeux-là : navigateur, stratégiste et tacticien. Nous, on ne saurait pas trop quoi faire de tout ça car on est quand même habitués à prendre beaucoup de décisions nous-mêmes. C'est un fonctionnement assez intéressant.»

Électron libre et bon binôme

Habitué du multi-tasking, Yoann Richomme ne s’est pas uniquement cantonné à garder le nez sur la tablette. « Certains navigateurs ne participent vraiment à aucune manœuvre, alors que moi j'aide un peu, j'ai quelques tâches à faire, précise-t-il. J’aime bien avoir ce rôle d’électron libre, où parfois tu peux être la main un peu libre qui va aider celui qui est un peu en pagaille ou en stress, ou qui a un peu raté sa manœuvre. » Des qualités que les membres de l’équipage ont su apprécier, au sein d’un binôme Peyron-Richomme qui a rapidement fonctionné. « L’expérience de Yoann, son calme, sa maîtrise, ses capacités d’analyse et sa bonne communication avec Loïck ont été de vrais plus, abonde Stéphane Névé, responsable et skipper du projet TP52. Dans son fonctionnement habituel, Yoann est plus sur des décisions à 24, 48 heures. Là, les décisions sont à prendre dans la minute, voire dans la seconde. Avec Loïck, ils ont réussi à se trouver et c'est important qu’ils soient sur la même longueur d’onde. »

Semaine quasi-parfaite et victoire à la clé

Cette cohésion à bord a vite fait ses preuves. Dans du vent plutôt fort, où leur bateau se montre particulièrement rapide, l’équipe a rapidement su tirer son épingle du jeu. Avec 3 podiums sur les 3 premières manches (2, 1, 1) et une deuxième partie de semaine moins flamboyante mais régulière (4, 9, 5, 2), le TP52 Paprec s’est imposé pour la toute première fois de son histoire, 15 ans après leur première régate sur le support. « On avait déjà remporté des manches, mais notre meilleur résultat en événement, jusqu'à cette victoire, c'était l'année dernière au championnat du monde, où on a terminé deuxièmes à un point du premier » se souvient Stéphane. 

Autre preuve s’il en fallait de l’intensité des confrontations, où « les croisements à moins d'un mètre peuvent vite coûter cinq ou six places » et où Yoann répète devoir « se battre à chaque instant » Un finish sous haute tension, dont Stéphane Névé risque de longtemps se rappeler : « Le classement général a dû changer trois ou quatre fois lors du dernier bord de la dernière manche entre Quantum et nous, au gré des évolutions de la flotte, des gars qui déchiraient des spis, des gars qui repassaient devant… » Un succès final d’autant plus savoureux qu’à l’inverse des autres équipages, la Paprec Sailing Team mise sur un équipage soudé et solidaire, plutôt que sur une flopée de « top-guns recrutés à droite à gauche » : « C'est un projet en progression, dans les résultats sportifs mais aussi dans la gestion de la technique, dans l'investissement, dans l'équipement… Ils savent d'où ils viennent et ils savent où ils en sont » précise Yoann. 

Avec un équipage qui gagne constamment en maturité et qui mise sur la stabilité, la suite de la saison s’annonce aussi passionnante que sollicitante, et Yoann le garde bien en tête : « Forcément, après avoir gagné, les phases suivantes sont compliquées à gérer car tu as toujours un petit peu de pression ! » 

Rendez-vous dans un mois !

Stéphane Névé, lui, conserve la tête froide et préfère analyser à froid cette première victoire, pour viser toujours plus de performance par la suite : « Lanzarote est la confirmation de notre bonne maîtrise dans la brise : on est à l'aise, on va vite, surtout au portant. Loïck a été plutôt bien inspiré sur ses choix, certainement aidé par Yoann, aussi bien sur les départs que sur les trajectoires, au près et au portant. Mais ce qui a probablement fait la plus grande différence, c’est qu'on n'a pas déchiré de spi, quand d’autres en ont déchiré plusieurs jours de suite. Pour moi, c'est un point très important et significatif de performance, parce que quand on a de la casse, ça n'aide pas. On a bien évidemment eu d’autres petits soucis d'usure dans des conditions aussi dures, mais on a globalement été plutôt épargnés. C’est un point qu'il va falloir qu'on travaille pour la prochaine épreuve dans un mois. Régler ces petits soucis mécaniques pour ne pas avoir de mauvaises surprises. » 

Prochain rendez-vous dès le 24 août, toujours à Lanzarote mais à Puerto Calero cette fois, avec un objectif de régularité comme priorité. « Chaque manche compte sur toute la saison, rappelle Yoann. Le moindre loupé te suit jusqu'au bout, on cherche plutôt des scores moyens autour de la 3e, 4e place tout le temps, plutôt que d'aller péter des manches et faire dernier à la suivante. La victoire revient à ceux qui ont les résultats les plus homogènes, et la gestion de ce type d’objectifs est une chose qui m'intéresse aussi, la gestion des objectifs dans ces cas-là. C'est sûr que tu peux vouloir être champion du monde tous les jours, mais ce n'est pas si facile à faire. » 

Et pour le skipper en attente de son nouveau bateau, l’ambition demeure la même : continuer à évoluer dans le cadre de sa préparation au prochain Vendée Globe. « Ça faisait longtemps que je n'avais pas pu me concentrer uniquement sur un travail de performance, de navigation, à regarder quelques chiffres très spécifiques. Ça donne forcément des idées aussi pour la suite. C’est très plaisant de retrouver la navigation en équipage, le contact, ça navigue hyper proche. Ça fait du bien ! Il n'y a plus qu'à espérer que ça continue comme ça ! »

 

Marina Rubicon Lanzarote 52 SUPER SERIES Royal Cup - PAPREC © Nico Martinez / 52 SUPER SERIES