Comment faire mieux qu’un bateau qui a réalisé le 2e meilleur temps de l’histoire du Vendée Globe (65 jours et 18 heures) ? Depuis février 2025, cette interrogation est une obsession au sein du bureau d’études du Team Paprec et du cabinet d’architecture d’Antoine Koch, déjà associé à l’équipe pour la construction de l’IMOCA Paprec Arkéa, mis à l’eau en février 2023. « Nous avons pu utiliser plus de 20 milliards de points de datas sur notre ancien bateau pour déterminer ce que l’on pouvait optimiser en matière de navigation et de comportement », explique au préalable Gautier Levisse, Responsable du bureau d’études de l’écurie lorientaise.
« Globalement, nous avons constaté que Paprec Arkéa était un bateau très performant au portant mais qu’il était parfois un peu plus faible par vent de face, poursuit Antoine Koch. Notre but, tout en conservant ses atouts, était de gagner au près et donc d’être plus polyvalent et plus performant dans les phases de transition ». « On voulait s’assurer que le bateau décolle plus rapidement », précise Gautier.
Afin d’y parvenir, un travail conséquent d’analyse et d’études a notamment été réalisé sur les bouchains, cette rupture de forme entre les flancs et le fond de coque qui, lorsque le bateau gîte, augmente l’effet anti-dérive et favorise les surfs.
Gagner en puissance de carène
En IMOCA, il a fallu attendre le Vendée Globe 2008 pour voir apparaître le premier bouchain, alors « évolutif », avec une nervure qui s’étendait du tableau arrière jusqu’à au moins un tiers de la coque. À partir de 2012, le bouchain s’impose sur l’ensemble des IMOCA en tant « qu’attribut incontournable de la coque ». Sur le futur IMOCA Paprec, les deux premiers bouchains naissent au niveau de l’étrave et se prolongent jusqu’à l’arrière du bateau, tandis que le troisième, « un peu mourant » selon l’ingénieur du Team, « part de l’étrave puis s’arrête au niveau de la zone de foils ».
« Sur notre bateau, explique Yoann Richomme, ces angles permettent à l’eau d’être éjectée sur le côté et de ne pas remonter le long de la coque ». Et donc d’éviter que le bateau n’enfourne. Si le bateau plantera tout de même parfois dans la mer, le bouchain contribuera à « remettre le bateau et les foils dans leurs lignes, afin de ne pas s’écraser et se relancer rapidement », précise Gautier. Et finalement à « lutter contre la traînée aérodynamique de la carène ».
Un look de bateau à moteur
« L’ajout d’un deuxième bouchain par rapport à notre premier bateau était quelque chose d’acquis, se souvient Gautier. Assez rapidement, nous mûrissons l’idée d’en intégrer un troisième, mais cela représente un ajout de masse qui nous a fait douter un temps. Des tests de moyens de production ont donc été menés en parallèle avec le chantier, pour essayer de réduire cette masse. On se rend compte que ce n’est pas si lourd que ça et on valide cette ligne de coque que nous avons révélée. »
Un principe que l’on retrouve finalement sur un bateau à moteur où, grâce à leur surface d’appui, les bouchains favorisent la stabilité et permettent à la coque de se soulever plus rapidement pour glisser sur la surface de l’eau. « En dessinant trois étages de bouchains, nous avons contribué à gagner en portance dynamique, corrobore Antoine Koch. Il y a plus de puissance, donc on peut démarrer plus rapidement dans du vent médium ». Et le bateau de bénéficier ainsi plus tôt de la portance de ses foils : « Il faut une vitesse minimum du bateau pour que le foil entre en action : en parallèle de cette puissance de carène, on a donc tendance à aller vers des bateaux plus légers, plus étroits… » conclut Gautier. Mais cela reste un sujet sur lequel nous reviendrons plus tard !
Un atout qui participera, à coup sûr, à des gains de performance pour l’IMOCA Paprec, qui sera mis à l’eau en début d’année prochaine.
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